Big Corn Island
Mars 2014
Bien
assis sur le balcon de notre chambre au deuxième étage de l'hôtel Morgan,
nous arrêtons constamment notre lecture pour contempler les reflets toujours changeants
de la mer des Caraïbes qui nous fait face. C'est monsieur Young, propriétaire
de notre hôtel de Managua, qui a fait la réservation pour nous en spécifiant
bien à Kerry, notre hôtesse, qu'elle devait nous réserver cette chambre, lui
qui la connaissait pour y avoir déjà passé ses vacances. Et il avait
raison. Après avoir visité tous ou presque tous les hôtels de l'île on se rend
compte qu'on a été chanceux! Les touristes qui se promènent par ici arrêtent
invariablement pour y prendre au moins 3 ou 4 photos! De plus, on est ventilé à
souhait et le balcon est à l'ombre jusqu’à 16 heures. Malgré cela, après nos
trois jours habituels de recherche à bon prix, on a failli changer de place parce
que le prix demandé par Kerry était de 40$ US. On a heureusement pensé qu'on
pouvait lui donner une chance en lui disant qu'on voulait rester un mois. Elle
a immédiatement réagi en nous faisant une offre à 25$.
Au total, on
aime bien sauf pour la bouffe, ce qui est quand même majeur! La nourriture de
l'île est la même que celle du continent mais on nous avait fait rêver de
fruits de mer au même prix que le poulet et toujours disponibles! Hélas ce
n'est pas la saison. Celle du homard se terminait lorsqu'on est arrivé et les
crevettes sont rares et toujours plus chères que le poulet! Il reste que le
rhum n'est pas cher à 22$ le litre et la bière est à 1,33$ le litre quand on l'achète
à la caisse... Donc le Nicaragua pour la bouffe on n'y pense pas sauf si on trouve
quelqu’une comme notre Caroline de Estéli qui avait vraiment de l'imagination culinaire.
Il y a sans doute des exceptions comme certains hôtels de 4 ou 5 étoiles mais
on n'y a pas été voir.
Pour nous
faire mentir sur ce sujet, on a découvert, dans la journée ou on écrivait le
blogue, un hôtel situé à vue de nez du nôtre, le Best View et géré par un
couple Nica et Vernon, un grand noir, comme cuisinier et là on est
reste franchement gaga. On y est allé le matin, histoire de changer de menu,
pas un chat dans la cuisine ni dans la salle a manger mais le cuisinier se pointe,
un genre armoire à glace mais bonasse comme tout. On y mange un petit dej avec
pain intégral tout à fait bien. On jase un peu avec lui et il nous raconte que
son père, un preacher, les a déguisés lui et ses frères en nones pour les faire
sortir du pays pour le Costa Rica lors de la révolution. Il a travaillé dès l'âge
de 11 ans dans les restaurants en épluchant les légumes. Il a beaucoup appris
en observant et par la suite a réussi peu à peu à faire ses preuves.
Il nous annonce
qu'il fera une salade avec poisson au lunch et on lui dit qu'on sera là pour
une heure. À l'heure dite la dame au comptoir nous dit qu'il est sorti devant aller
a l'école pour régler un quelconque problème. Comme nous avons nos liseuses nous
décidons de l'attendre. Il arrive, un bout de temps après, s'excuse et
va préparer notre lunch. Une merveille!
Tout est super équilibré. C'est une salade originale à souhait avec
légumes et fruits, on ne pense même pas ajouter quoi que ce soit tant elle est
parfaite et un yellow fish cuit juste a point. On y retournera!
Pour revenir à
notre île qui se nomme Big Corn Island et qui se trouve un peu à l'est du
Nicaragua, dans la mer des Caraïbes, elle est accessible par bateau après un
long voyage en bus ou par avion, de Managua, en 90 minutes. Les insulaires sont
en partie de type nicaraguayen et en partie de descendance africaine de sorte
que la langue parlée est un mélange un peu rigolo d'espagnol, d'anglais et de
créole... très frustrant pour Maryse qui y perd ...son espagnol. En fait, quand
on s'écoute parler, on rigole parce qu'on s'aperçoit qu'on mélange hardiment
l'anglais et l'espagnol. Une partie de la population a la peau plus noire et
une corpulence différente de celle des autre nicas. Certains sont grands et
très minces et noirs alors que les autres sont courts et trapus avec la peau
brune ou tirant plus vers le blanc.
Une route
principale fait presque le tour de l'île a l'exception d'une section appelée
Long Beach. Le lendemain de notre arrivée, on a marche la portion qui est
a l'ouest de notre hôtel Morgan, un bon 6 kilomètres qui se termine sur deux hôtels
luxueux et une très belle plage. Le lendemain on a marche la portion qui est a
l'est de notre hôtel, un autre 6 kilomètres jusqu’à l'Hôtel Canada. Ce dernier est
plutôt huppé avec ses chambres a plus de 100$ US et pas de plage!! De ce côté
là on n'était pas au bout de la route mais on voyait une immense plage nommée justement
Long Beach mais qui semble déserte à
l'exception d'un bâtiment. On peut aussi circuler sur l'île en taxi, le tarif étant
fixe a 20 cordobas, soit 80 cents, par personne quelle que soit la distance. Il
y a aussi un minibus qui coûte 7 cordobas par personne si on réussit à
l'attraper vu son horaire approximatif. On fera le tour de l'île en autobus à
la fin de notre séjour.
Nous faisons
une petite vie bien calme avec lecture sur notre balcon durant les heures chaudes,
promenades pour les petits dej et souper. Nous sortons aussi pour acheter du
thon, des tomates, du pain de coco, beure d'arachide carotte et fruits pour nos
dîners. On se gâte aussi en achetant des gâteaux aux carottes, au chocolat, au
coco ou des brioches quand la pâtisserie est ouverte lors de notre promenade du
matin ou du soir. On doit prendre du poids mais ...beaux, bons, pas chers...(12
cordobas soit en bas de 0.50$), le pain de coco 20 cordobas.
Notre dernier
jour sur l’île sera celui de l’anniversaire d’André. Notre hôtesse lui
cuisinera un gâteau que nous partagerons avec les employés. Le lendemain matin
nous prenons l’avion au petit matin pour Managua.
Nous passerons
3 jours au même hôtel, chez M. Young. Il nous cuisinera chaque soir un super
repas que nous partagerons avec ses employés. Nous en profiterons pour jaser
des réalités et difficultés de faire des affaires dans ce pays.
Nous louons les services d’un taxi pour aller visiter le volcan Masaya et le
marché et la laguna de Apoyo. Nous ne
pourrons pas voire le fond du cratère car il y a beaucoup de brume. C’est tout
de même impressionnant
6 avril 2014
Nous
décidons de retourner à Estelí, où il devrait faire plus frais, pour
revoir la famille et célébrer l’anniversaire de Carolina le 11
avril. Nous ne savons pas combien de temps nous y serons mais
certainement jusqu’après Pâques puisque les hôtels seront bondés au cours de la
semaine sainte, semaine de vacances dans tout le Nicaragua.
Toute
la famille semble très heureuse de nous revoir et nous faisons la connaissance
du mari de Carolina, Alejandro. Il travaille habituellement aux USA et cherche
du travail ici pour pouvoir vivre régulièrement avec la famille. Depuis
que nous sommes partis, Carolina a fait construire un deuxième étage au-dessus
de son coin de vie. Il faut dire que, suite au décès du mari de sa mère
Victoria, la maison fut divisée entre Victoria, Carolina, sa sœur
et son frère. Carolina vivait dans une chambre avec sa fille. Le nouvel
arrangement lui permettra de s’organiser une cuisinette, de donner une
chambre à sa fille, d’avoir sa propre salle de bain et de profiter d’un espace
de vie plus éclairé et mieux ventilé.
La
cuisine, notre chambre et la chambre de Victoria appartiennent à son frère qui
en laisse l’usage à sa mère mais aimerait bien vendre sa part de la
maison. Il en veut 25,000$ mais qui va acheter ce genre de part ? Je crois
que Caroline espérait qu’on l’achète pour en faire nos quartiers d’hiver mais …
on les aime bien mais faut pas pousser trop fort.
Pour
la chaleur, on s’est mis un doigt dans l’œil car il fait aussi chaud ici qu’à
Managua sans compter qu’on y avait une piscine! Le vent n’est pas tous les
jours au rendez-vous et le soleil plombe. Heureusement, les nuits sont un peu
plus fraiches. Carolina veut que Maryse fasse un ragout pour son souper
d’anniversaire mais c’est vraiment trop demander! On finit par s’entendre sur
des filets de porc, style Délices de Bangkok.
C’est
l’époque des fruits : mangues, melons, pastèques, papayes, bananes; on se
régale! Le marché regorge de fruits frais. On a eu droit à un petit
tremblement de terre de 5 secondes, il semble que l’épicentre se trouvait dans
le lac Managua ou il s’est fait sentir davantage à 6,2.
Pour 12$, un jeune techno du coin a regardé notre
ordi et a réussi à le repartir... sur le D: Il n’a pas récupéré grand chose sur
le C: et pas de photo du voyage. On peut utiliser Office que notre cher
François avait mis sur le D:. Avec la clé USB, on peut donc écrire ce blogue
plus facilement que sur le clavier espagnol. On peut aussi recharger nos
liseuses, un gros plus pour Maryse.
Le
souper de d’anniversaire fut un succès. Heureusement nous avions acheté
beaucoup de viande car Carolina avait invité, en plus des 5 personnes prévues,
sa sœur et ses 3 enfants, une nièce et a même donné une portion à une
belle-sœur voisine. Quand je lui ai dit qu’elle aurait dû nous prévenir elle a dit :
tu ne me l’as pas demandé ! Malgré qu’on n’ait pas pu trouver du
lait de coco et du concentré d’orange pour faire le délice de Bangkok, Maryse a
concocté une sauce champignons, curry, gelée de goyave qui a eu un franc
succès.
Nous
recommençons à lire le journal local. Il est toujours surprenant de voir à la
une : 2643 jours depuis
le 10 janvier 2007, sans que le président inconstitutionnel, Daniel Ortega,
offre une conférence de presse. La
constitution ne lui permet pas de se faire réélire mais il garde le pouvoir en
payant (probablement) l’opposition pour que celle-ci lui permettre de changer
la constitution et se représenter. Tout ce beau monde s’enrichit aux dépends
des pauvres. Les paysans le voient toujours comme le père de la révolution;
ils acceptent donc tout sans se plaindre.
Il
y a plus de 40% de chômage, les enseignants sont sous-payés et les diplômés
choisissent l’enseignement quand ils ne trouvent rien d’autre comme
travail ; on peut donc douter de la qualité de l’enseignement et des connaissances
des prochains finissants... D’ailleurs, actuellement, la majorité ne
réussit pas l’examen d’entrée à l’université. Le gouvernement a déclaré
l’éducation obligatoire et gratuite mais il n’y a pas d’école dans plusieurs
régions en campagne et pas d’argent pour ces enfants qui devraient aller en
pension. Pour les études post secondaires ou universitaires le même phénomène
se produit. Nous avons rencontré une jeune sur Big Corn Island qui ne voyait
aucune ouverture pour elle puisqu’elle ne pouvait poursuivre ses études faute
d’argent et d’école dans le coin ni obtenir un travail intéressant sur l’île.
Nous
sommes dans une période de tremblements de terre depuis une semaine. Le premier
dans la région du Lac Managua a été suivi d’un autre assez fort et de plusieurs
répliques (42) dans la région du volcan Apoyeque situé à une quinzaine de km au
nord ouest de Managua. Nous avons pris la bonne décision de venir dans le nord
car nous n’y avons ressenti que de petites secousses de 1 à 5 secondes et
beaucoup moins fréquemment que Managua.
Nous
avons eu la chance d’observer l’éclipse de lune totale, le spectacle en valait
la peine mais les photos…
Prochaine
étape pour nous: exploration! Nous prévoyons aller passer quelques jours à
Matagalpa puis Jinotega et peut-être Somoto et Ocotal, toutes ces destinations
étant dans le nord et en altitude i.e. jusqu’à 1000 mètres.



